L'époque protohistorique

Oppidum protohistorique de La Courtine

1. Présentation
Le site et les fouilles anciennes
Située à 5 kilomètres du bord de mer, la colline de La Courtine domine au nord-est l'agglomération moderne d'Ollioules. L'oppidum protohistorique en occupe l'extrémité occidentale sur environ 5,5 ha, à une altitude moyenne de 270 m.
Rappelons ses caractéristiques essentielles Les descriptions topographique et géographique détaillées ont été publiées dans P. Arcelin, J. Bérato, F. Brien 1988 : escarpement rocheux enserrant la totalité de l'espace sommital ; gradins basaltiques séparés par de grandes esplanades propices à l'agriculture et à l'habitat ; nappe phréatique à moins de 2 m de la surface actuelle (4 puits ont été découverts sur le plateau) ; exposition au sud-est permettant un excellent ensoleillement ; pendage du terrain assurant une bonne protection contre les vents du Nord ; accès relativement aisé par le Nord ; vue de 60 km de côtes entre les îles d'Hyères et La Ciotat ; établissement massaliète installé au Brusc (Taur½ïs) à moins de 5 km.

Tous ces critères en faisaient une place de choix pour une station d'importance et de longue durée. Jean Layet la fouilla de 1945 à 1960 ; ses travaux firent l'objet de publications au fur et à mesure de leur avancée. Le matériel recueilli par Jean Layet a été étudié par Patrice Arcelin, Jacques Bérato et Françoise Brien en 1988.
D'axe N.W.-S.E., le plateau se compose de trois terrasses séparées par de petites falaises intérieures. Le pendage général est de l'ordre de 10 %, les points extrêmes se trouvant à 284 m d'altitude au nord-ouest et 250 m au sud-est.
Les vestiges reconnus sont enfermés dans un grand rempart probablement élevé au tout début du II e s. av. J.-C.. Au Nord, ce mur continu est flanqué de tours carrées. A l'est, l'architecture complexe de la porte principale avait retenu l'attention des chercheurs dès 1947. Au sud, les falaises de plus de 10 m de hauteur ne nécessitèrent que la mise en place de quelques dispositifs défensifs peu importants. A l'intérieur de cette enceinte, un autre mur daté du début du IVe s. av. J.-C., délimite un espace d'environ deux hectares correspondant à la terrasse moyenne du plateau. C'est sur la bordure sud-est de cette terrasse que fut implanté le sondage I.

Les fouilles récentes et leur problématique
Les dernières fouilles furent conduites par le Centre Archéologique du Var de 1984 à 1989. Les objectifs retenus furent les suivants : reconnaître au sol les vestiges mentionnés par Jean Layet, notamment grâce aux missions aériennes de Jean Joubert en 1964 (archives du Centre Archéologique du Var), rechercher les secteurs de fouille où l'épaisseur des terres rapportées avait préservé les couches protohistoriques, établir la stratigraphie qui fit défaut aux recherches antérieures, relier l'ensemble des découvertes en un plan cohérent puis les situer chronologiquement, insérer La Courtine dans son contexte indigène, en la comparant aux oppida du Mont-Garou, de Saint-Estève et de Baudouvin P. Arcelin, Ch. Arcelin-Pradelle, Y. Gasco 1982 (le Garou), J.-P. Brun 1984 (Saint-Estève), P. Arnaud, 1986, pp. 141-144 (Baudouvin) , et enfin s'attacher à reconnaître les relations ayant existé entre l'oppidum et les comptoirs massaliètes d'Olbia et de Taur½ïs M. Bats 1988 (Olbia), F. Brien 1982 (Tauroeïs) .
Onze sondages directeurs furent ouverts en 1984, qui débouchèrent sur l'élargissement de deux d'entre eux : dans le secteur I sur la terrasse intermédiaire où Jean Layet à la fin des années 50 notait la présence d'au moins deux niveaux d'occupation et d'une muraille ; dans le secteur VII-IX sur la terrasse inférieure, fouillé par F. Brien et interrompu en 1987. Le sondage I fut le seul à être conduit jusqu'à son terme par Henri Ribot et Jean-Michel Théveny A. Manissier, H. Ribot, J.-M. Théveny, 1988.

2. Les phases d'occupation
La fouille a mis au jour une série d'habitations qui se sont succédé du début du IVe siècle jusqu'aux environs de 140 av. J.-C., pour former un ensemble de 250 m² comportant le rempart au sud, puis du sud au nord, des unités d'habitation juxtaposées appuyées à un mur maître qui les sépare à l'ouest de la ruelle. En avant des maisons à l'est il y a un espace ouvert. Un axe de circulation est-ouest marque la limite nord de l'habitat. Neuf phases d'occupation ont été reconnues, huit pour la Protohistoire, une pour l'époque moderne

La Courtine est abandonnée vers 110/100 av. J.-C. P. Arcelin, J. Bérato, F. Brien, 1988 et ne semble être fréquentée ultérieurement que de façon très ponctuelle. Saint-Estève est abandonné au cours du premier siècle av. J.-C., mais sera réoccupé lors de l'antiquité tardive. Le Mont-Garou est abandonné au tout début du premier siècle av. J.-C., et sera fréquenté durant le Bas-Empire romain.
L'abandon de ces sites de hauteur, survient après la victoire des Romains sur les Salyens et la création d'Aquæ Sextiæ en 124 av. J.-C. La découverte de pièces d'armement (boulets de baliste, fers quadrangulaires de catapultes) dans le fossé de la tour monumentale nord-est de la Courtine, la présence dans les couches des états 8 et 9 de plombs de fronde, pourraient évoquer l'hypothèse à confirmer d'une destruction brutale, comme cela a été le cas à Entremont et au Baou-Roux vers la même époque. Cet abandon s'inscrit dans le phénomène général du déperchement pacifique des habitats , les populations se rapprochant des terres mises en culture dans la plaine.
Ce transfert des populations est plus précoce dans la région littorale, que dans le centre du Var, où certains oppida, sont occupés jusqu'à la fin du troisième quart du premier siècle av. J.-C. Cette mutation sociale et économique peut être mise au compte non seulement de la proximité des établissements massaliètes d'Olbia et de Taur½ïs toujours occupés durant le premier siècle av. J.-C., mais aussi de la sécurité qu'impose alors la présence romaine sur le littoral.


D'après les Cahiers de l'Ouest varois n°1 - L'oppidum protohistorique de la Courtine d'Ollioules, 1997



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